De la servitude volontaire
On adore ou on déteste Lars Von Trier mais il laisse rarement indifférent. Le réalisateur poursuit sa trilogie (le troisième épisode ne voyant probablement jamais le jour étant donné le flop du second volet) avec Manderlay après Dogville. Il reprend les mêmes règles : décors minimalistes ou à imaginer, mise en scène théatralisée avec l'omniprésence d'une voix off, découpage du film en 8 chapitres et générique final composé d'un montage-collage de photos plus ou moins récentes sur le sujet traité.
Soyons honnête : les premiers chapitres sont un peu indigestes, c'est longuet et la tendance à l'assoupissement nous guette si on n'y prend garde )...peut-être parce que Lars Von Trier nous demande un effort de concentration plus élevé que la moyenne au cinéma, peut-être parce qu'il embrasse une multitude de questions et de sujet à travers une fiction précise.
Le cinéaste n'y va pas avec le dos de la cuillère dans son interprétation et son explication de l'esclavagisme et on peut comprendre l'accueil qu'il a reçu aux Etats-Unis y compris dans la communauté noire. Pourtant les blancs et leur bonne conscience en prennent aussi pour leur grade. Exit les gentils et les méchants hollywoodiens, bienvenue aux âmes grises.
Manderlay, porté par une distribution talentueuse, dresse un tableau noir d'un pays et de son histoire, piétine le politiquement correct et pose plus universellement la question de la servitude volontaire.